Cet article est paru dans le numéro 11 de Saxifrage, journal indépendant tarnais. Il a été rédigé dans le courant du mois de mars 2018.

Le Festival des Lanternes qui s’est tenu à Gaillac pendant les mois de décembre et janvier
derniers a été un énorme succès commercial, consacrant ainsi les méthodes d’entrepreneur de Patrice Gausserand, maire de la petite agglomération tarnaise.

On pourrait disserter longuement sur le bilan de cette première édition gaillacoise des
Lanternes chinoises, se faire le panégyriste de son instigateur, Patrice Gausserand, en louant son audace, son culot et sa réussite. Malheureusement, il n’est pas à la portée du premier venu de manier avec dextérité la brosse à reluire. En plus, beaucoup se sont déjà prêtés avec entrain à l’exercice, ces dernières semaines. C’est pourquoi les quelques lignes qui vont suivre iront droit à l’essentiel : Gausserand a gagné.

Oui, il a gagné, malgré l’opacité de son projet et de son plan de financement hasardeux. Il a gagné, malgré un simulacre de débat en conseil municipal et malgré la totale absence de concertation avec les riverains concernés. Il a gagné, malgré la virulence de l’opposition à l’Hôtel de Ville et malgré la désaffection temporaire d’une partie de sa majorité. Il a gagné, malgré un recours judiciaire menaçant la tenue du festival et malgré un procès qui lui est fait pour prise illégale d’intérêt. Il a gagné, malgré quelques articles peu flatteurs dans la presse locale sur la confusion entretenue par certains élus locaux – lui y compris – entre activités publiques et privées. Il a gagné, malgré la disproportion d’un projet taillé pour des métropoles comme Londres, Pékin ou Vienne. Il a gagné, enfin, malgré la confiscation du parc Foucaud pour près de cinq mois. Malgré tout cela, il a gagné.

Patrice Guasserand maire Gaillac Lanternes
Patrice Gausserand, maire de Gaillac ©Sylvain Duchampt

Oui, il a gagné et pas qu’un peu. Les chiffres de son succès donnent le vertige. C’est que la
grande kermesse de Gausserand a déjoué tous les pronostics : 250 000 visiteurs et 220 000 billets vendus ayant généré un pactole de plus d’un million d’euros pour la ville, excusez du peu ! C’est bien au-delà de tout ce dont pouvait rêver Monsieur le maire. Rappelons que ce dernier tablait plutôt sur un bénéfice avoisinant les 165 000 euros. Notons également que, selon ses dires, pas le moindre billet n’avait été vendu à quelques jours même du festival. C’est dire. On décèle sûrement, ici, une petite pointe d’exagération. Ce dont on est sûr, en revanche, c’est que pas le moindre centime n’a été versé aux 160 personnes ayant assuré le bon déroulement des festivités, à l’exception de la dizaine d’agents de sécurité. Le bénévolat, c’est moins cher ! Tout de même, les bénévoles ont pu repartir avec une assiette en porcelaine pour se consoler Cette drastique réduction des coûts explique pourquoi les profits générés ont été aussi importants. Gausserand réalise ainsi une belle opération financière en parvenant à multiplier sa mise de départ de 80 000 euros par 15. C’est ce qui s’appelle un retour sur investissement réussi.

Face à un tel succès, on comprend aisément que Monsieur le maire s’est senti pousser des ailes dans son bilan, en allant jusqu’à comparer la fréquentation des Lanternes à celle de Jazz in Marciac et même à celle des Francopholies de La Rochelle. C’est qui les plus forts, hein ? Gausserand entend nous convaincre que, dorénavant, Gaillac joue dans la cour des grands ! Pour preuve, encore, les Lanternes ont eu droit à un reportage au sacro-saint journal de 13 heures de Jean-Pierre Pernault ! Il y a plus fort : les Féeries de Chine ont attiré des gens du monde entier. Oui, oui ma petite dame : une quarantaine de visiteurs en provenance d’Espagne, une vingtaine de personnes de Belgique et de Suisse ; y’en a même qui sont venus du Canada et de Nouvelle-Calédonie ! Impressionnant. Sans compter que les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration ont vu leur activité bondir pendant deux mois. Le réseau Gîtes de France, par exemple, partenaire du festival, a vu son volume d’affaire exploser entre décembre et janvier. C’est Chantal Tichit, adjointe au maire en charge du développement du vignoble, du tourisme, du jumelage, de la qualité des campagnes, mais aussi directrice des Gîtes de France dans le Tarn, qui doit être contente ! C’est donc une ruée de curieux qui a fondu sur la ville cet hiver. On peut remercier Gausserand d’avoir su redonner un peu de vie à ce trou à rats qu’était Gaillac il y a encore peu.

parc Foucaud Gaillac Lanternes
Entrée principale du parc Foucaud @Florian Jourdain

De leur côté, les grincheux peuvent, eux, aller se rasseoir et ruminer dans leur coin !
Gausserand n’a même pas besoin de leur prêter attention, la foule s’occupe de leur cas. Par exemple, lors de la présentation du bilan des Lanternes du 15 février….

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